« La première fois qu’Aurélien vit Bérénice il la trouva franchement laide. Elle lui déplut, enfin. »

Un début d’histoire d’amour atypique, à n’en pas douter. Plus de dix ans que je m’étais promis de le lire.

L’histoire parisienne d’Aurélien, un jeune bourgeois provincial, à Paris après la première guerre mondiale, un jeune homme perdu, sans repères. Son ami Barbentane lui présente Bérénice, sa cousine venue à Paris, dans l’espoir qu’Aurélien la séduise et qu’ils nouent une amourette, tout ce qu’il y a de plus normal et de plus distrayant au sein de la haute bourgeoisie parisienne des années folles. Mais comme les meilleures histoires d’amour, le sort n’est pas avec les deux personnages et les mésaventures les accablent. C’est un amour inaccompli, inachevé, c’est un couple impossible.

Sauf qu’Aurélien n’est pas un simple roman d’amour – ou de non-amour. C’est une page d’histoire, un pied dans ce Paris décadent de l’après guerre, un monde où les valeurs anciennes ont été chamboulées par le massacre sans précédent des tranchées et où les repères de chacun disparaissent peu à peu. Un monde où l’adultère devient la nouvelle norme, au point qu’il n’est même plus caché entre époux, comme l’illustrent Barbentane et sa femme Blanchette. Un monde où les artistes s’émancipent des règles, à travers le cubisme, le surréalisme, le dadaïsme avec Paul Denis, Zamora et l’oncle Blaise. Où certaines règles sociales deviennent confuses: après la grande fraternité des tranchées, Aurélien tente de retrouver cela à la piscine, où tout le monde redevient égal et où Riquet peut tutoyer Aurélien, sans le traiter de « Monsieur »…

Dire qu’Aragon a un don pour les mots est une litote. Il y a une telle finesse et élégance dans ce livre, que des extraits ne suffiraient pas à illustrer, que j’avais déjà pu apprécier dans les Cloches de Bâle – oui, je lis les livres aux incipits intéressants, c’est une manière comme une autre de choisir. Si je peux me permettre (c’est après tout mon blog), je comparerai Aragon à du Proust, mais sans les longueurs, avec un peu plus de rythme.

Il aimait aussi diviser ses rencontres en deux grands groupes : les femmes qu’on déshabille et celles qu’il vaut mieux ne pas déshabiller. C’était là un critérium excellent, et qui donnait champ à l’imagination. Un homme jeune ne s’ennuie jamais dans une grande ville avec des semblables passe-temps. Hop!

 

Il y a toute sorte de gris. Il y a le gris plein de rose qui est un reflet des deux Trianons. Il y a le gris bleu qui est un regret du ciel. Le gris beige couleur de la terre après la herse. Le gris du noir au blanc dont se patinent les marbres.

Ce livre m’avait été conseillé il y a de cela fort longtemps par Panullum, et au vu de l’enthousiasme avec lequel il m’avait été décrit, je m’étais promis de le lire. Surtout que ses recommandations se sont avérées excellentes. Mais je ne passe pas souvent chercher des classiques, j’ai donc attendu que celui-ci me saute littéralement dans les bras à la FNAC. Je m’y suis plongée comme dans un bain, et si j’ai mis plus de temps à finir que prévu, je ne saurais que conseiller ce livre.

D’après Wikipédia, il fait partie d’un cycle, « Le Monde Réel » qui débute par les Cloches de Bâle, il faudra donc que je refasse un article dessus.

En attendant, n’hésitez pas à visiter Ellettres et La petite marchande de prose, pour lire leurs propres articles sur Aragon!

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6 commentaires sur “Aurélien, Aragon

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  1. C’est marrant, dans mon article du jour, j’ai pour ma part comparé le style d’Aragon à celui de Zola. Que de parenté dans ce verbe si pimpant et subtil !
    Je me rappelle avoir absolument adoré Aurélien, et je ne suis pas déçue de découvrir les autres titres du cycle du monde réel. Aragon a l’art et la manière de lier toute la gamme des sentiments humains à la Grande Histoire.
    Merci pour ta participation à ce rendez-vous aragonais ! A très bientôt j’espère 🙂

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  2. Je suis d’accord avec toi sur la finesse et l’élégance de ce livre. Ça se laisse lire comme du petit lait… et l’on plonge dans l’ivresse du Paris des années folles avec délice ! L’histoire d’amour est sublime bien que malheureuse. J’ai été très touchée par l’amour d’Aurélien et Bérénice.
    Haha ce passage que tu cites sur les catégories de femmes selon Aurélien, en le lisant je me suis dit « mais quel goujat ! » tout en riant un bon coup. Ça passerait pour du harcèlement aujourd’hui… C’est le seul passage où Aurélien fait vraiment tête à claques 😉
    Dis donc, je croyais que Panullum… c’était toi ! Je me suis donc totalement fourrée le doigt dans l’oeil en fait ! C’est un de tes frères du coup ? 😛

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  3. Ah l’extrait sur le gris, moi aussi il m’a marquée ! L’amusant est qu’Aragon rend visiblement hommage à Proust (dans cet extrait c’est flagrant) tout en moquant de lui puisque en 1922 les promenades au Bois de Boulogne sont désormais bien ringardes (prétend-il).

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    1. C’est en effet assez amusant comme hommage! Surtout que les œuvres de Proust n’ont qu’une vingtaine d’années à l’époque…. Alors qu’on sent (à mon avis) beaucoup plus fortement la rupture de la 1ere guerre mondiale…

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